Kenji Tomiki, le fondateur de l’Aïkido de compétition

Par Nicolas DE ARAUJO

 

 

 

Cette biographie est parue dans le magazine Dragon Spécial Aïkido n°25 de Juillet 2019.

 

Kenji Tomiki est l’une des grandes personnalités des arts martiaux japonais du 20ème siècle. 8ème dan de Judo et d'Aïkido, Kenji Tomiki fut fortement influencé par les enseignements de ses maîtres Jigoro Kano et Morihei Ueshiba. Intellectuel et expert martial reconnu, il fut l’auteur de nombreux livres sur l’Aïkido, le Judo et la self défense. Rédigés en japonais et en anglais, ses ouvrages ont contribué à répandre l'art d’O Sensei à travers l'Occident. Maître Tomiki est le fondateur de l’Aïkido Shodokan, un style unique intégrant un système de compétition (Aïkido Kyogi).

 

Fils d’une famille aisée de propriétaires fonciers, Kenji Tomiki est né le 15 mars 1900, à Kakunodate, une ville de samouraïs située dans la préfecture d'Akita. Comme beaucoup de garçons de sa génération, il débute l’étude du Budo par la pratique du Kendo à l’âge de six ans.

Il intègre l’école secondaire de Yokota ou il débute la pratique du Judo à l’âge de dix ans.

Elevé dans la rigueur, Kenji est envoyé en pension dans un établissement strict mais réputé pour la qualité de son enseignement. En parallèle d’excellentes études, Kenji continue l’étude du Judo. Pratiquant émérite, il obtient le premier dan en novembre 1919.

 

Une santé fragile

Après avoir terminé ses études secondaires, Kenji se rend à Tokyo pour se préparer au très sélectif examen d'entrée de l’université Waseda. Souffrant de troubles respiratoires, les médecins lui diagnostiquent la tuberculose. Kenji lutte contre la maladie et doit garder le lit pendant plusieurs mois. De santé fragile, il contracte également la typhoïde. 

Ses parents décident de l’envoyer en convalescence chez sa tante, épouse d’Hyakusui Hirafuku, peintre célèbre qui vit à Futtsu, une ville côtière. Là-bas, il profite des bienfaits de l’air marin pour guérir. Auprès de son oncle, le jeune Tomiki cultive son esprit, il côtoie des artistes, des poètes, des écrivains et baigne dans une atmosphère culturelle florissante.

Rétabli après trois années et demi de lutte contre la maladie, Kenji retourne vivre à Tokyo. Après une année de préparation, il réussit les tests d’entrée de la prestigieuse université Waseda et intègre le département de sciences politiques en 1924.

 

Rencontre avec Jigoro Kano

En parallèle de ses études, Kenji devient membre du très réputé club de Judo de cette université. Reconnu pour ses aptitudes martiales, il progresse rapidement, devient capitaine de l’équipe et obtient le quatrième dan de Judo au bout de quatre ans de pratique. Devenu instructeur, il occupe également le poste de secrétaire de l'association de Judo des étudiants de Tokyo et fréquente le Kodokan Dojo. Kenji y fait la rencontre du professeur Jigoro Kano, pionnier de l’éducation Japonaise moderne. Educateur né, les théories et les méthodes du fondateur du Judo, ont une profonde influence sur lui, notamment dans les domaines de l’éducation physique et du développement personnel.

 

Rencontre avec Morihei Ueshiba

A l’été 1926, Kenji est présenté à Morihei Ueshiba, à Tokyo, par son ami du club de Judo de Waseda, Hidetaro Nishimura. Fasciné par sa maîtrise des techniques de Daïto-Ryu, il décide immédiatement de devenir son élève. Chaque fois que le maître se rend dans la capitale, Tomiki s'entraîne sous sa direction.

Professeur aux méthodes plutôt conservatrices, Ueshiba Sensei lui interdit de pratiquer avec d’autres étudiants afin de ne pas prendre de mauvaises habitudes.

Kenji obtient son diplôme en sciences politique en 1927 et prend pour épouse Shigeko Naba.

Profitant de ses vacances avant de poursuivre ses études en maîtrise d’économie, il passe un mois d’entraînement intensif auprès de maître Ueshiba au siège de l’Omoto-Kyo, à Ayabe, près de Kyoto.

A l’automne 1927, Ueshiba sensei et sa famille décident de s’installer de manière permanente à Tokyo. Faisant preuve de dévouement et de détermination, Kenji suit régulièrement son enseignement, lui sert de partenaire lors de ses démonstrations et deviens petit à petit son élève le plus proche.

 

Le premier tournoi impérial de Judo

En janvier 1928, Tomiki s’enrôle dans l’armée impériale japonaise. Rattaché au 31ème régiment, il est basé à Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori. Fraîchement nommé cinquième dan de Judo Kodokan, il participe aux jeux de guerre de Morioka.

De retour à Tokyo, après avoir été libéré de son engagement militaire, Kenji décroche un emploi administratif dans une compagnie d’électricité dans la grande ville de Sendaï.

En mai 1929, Kenji est choisi pour représenter la préfecture de Miyagi dans le premier tournoi impérial de Judo. Sous les yeux de l'Empereur, Tomiki se classe parmi les douze meilleurs judokas de ce prestigieux tournoi après avoir été contraint d’abandonner sur blessure.

Persuadé que le renouveau du Japon passe par l'éducation des jeunes générations, Kenji Tomiki retourne dans sa ville natale en 1931 pour réaliser son rêve. Il devient enseignant au lycée de Kakunodate. Il y fait la rencontre de Hideo Obha, pratiquant de judo deuxième dan, qui deviendra, par la suite, son assistant sur les tatamis.

 

L’ère du Kobukan dojo

Grâce au soutien financier de ses sponsors, Maître Ueshiba ouvre le Kobukan Dojo, à Wakamatsu-cho le quartier commercial de Tokyo, en avril 1931. Kenji profite de ses congés scolaires pour s’entrainer avec lui chaque été et chaque hiver.

Elève avancé, Tomiki joue un rôle majeur, dans l’édition du premier manuel technique d’Ueshiba Sensei en 1933. Avec ses partenaires d’entrainement, Shigemi Yonekawa et Kaoru Funahashi, ils démontrent les techniques pendant que Takako Kunigoshi, pratiquante et étudiante aux beaux-arts réalise les illustrations. Secrétaire permanent du Kobukan, Tomiki participe également à l’écriture manuscrite de l’ouvrage. Après un an de travail, le livre intitulé "Densho" est publié. Ueshiba Sensei en donne une copie à chaque élève ayant maîtrisé les techniques de base. Un second livre est prévu mais il ne sera jamais réalisé.

Kenji Tomiki démissionne de son poste d’enseignant en 1934 pour se rapprocher de maître Ueshiba. Il loue un appartement à proximité du Kobukan Dojo et devient l’un de ses principaux instructeurs.

 

Départ pour la Mandchourie

En mars 1936, Tomiki Sensei déménage en Mandchourie, un territoire chinois occupé par l’armée impériale japonaise. Grâce à une introduction fournie par Maître Ueshiba, il est nommé instructeur à temps partiel de calligraphie à l’académie Daido Gakuin. En parallèle de cette fonction, Tomiki enseigne l'Aïki-Budo à l'armée du canton ainsi qu’à l’agence de la maison impériale. En décembre 1936, il est rejoint par Shigemi Yonekawa, pour l’assister dans sa tâche.

En aout 1937, Kenji Tomiki publie son premier livre qu’il intitule « Un cours d’Aiki-Bujutsu ». Cet ouvrage de quatre-vingt-quatre pages est un guide d'étude destiné aux membres de la police militaire de l’armée impériale du Mandchoukouo.

Il rédige également un article intitulé « l’avenir du Judo et de l’Aïki-Budo » publié en série dans le journal Judo. L’article fait polémique et l’éditeur décide de supprimer la première partie pour conserver uniquement en titre « Aïki Budo » dans le numéro suivant.

Au printemps 1938, Tomiki sensei devient le représentant de Morihei Ueshiba à la toute nouvelle université Kenkoku. Il remplace ainsi Rinjiro Shirata, initialement choisi par O Sensei mais enrôlé dans l’armée quelques mois plus tôt.

Nommé professeur assistant, Tomiki Sensei donne des conférences sur l’histoire et la philosophie des arts martiaux et enseigne l’Aïki-Budo aux étudiants et à la police militaire locale.

Chercheur sincère, désireux de concilier les techniques anciennes d’Aïki Jujutsu avec celles du Judo moderne, Tomiki Sensei multiplie ses efforts et réussit à rendre la pratique de l’Aïki-Budo obligatoire pour les étudiants de Judo et de Kendo.

L’activité d’enseignement augmentant fortement, Kenji Tomiki demande à son proche collaborateur, Hideo Obha, de le rejoindre en Mandchourie pour l’assister.

 

Premier huitième dan d’Aïki-Budo

Malgré la distance, Kenji Tomiki garde un contact régulier avec Morihei Ueshiba. Chaque automne, ce dernier effectue des voyages en Mandchourie pour diriger des cours à l’université Kenkoku et participer à des démonstrations d’arts martiaux.

A l’instar de Jigoro Kano, Morihei Ueshiba décide d’abandonner l’ancien système de diplômes d’enseignement mokuroku et menkyo kaiden au profit du nouveau système de grades kyu/dan. Il décerne les deux premiers huitième dan d’Aïki-Budo, validant la maîtrise de l’art, à Kenji Tomiki et Tsutomu Yukawa, le 11 février 1940.

Disciple majeur du fondateur, Tomiki Sensei retourne chaque été au Kobukan Dojo de Tokyo pour y diriger les classes des pratiquants avancés.

 

Relation entre le Judo et l’Aïki-Budo

En mai 1940, Tomiki Sensei dirige une délégation de cent vingt budokas de son université pour participer à un tournoi multi disciplinaire opposant la Mandchourie et le Japon, à Tokyo, en l’honneur du 2600ème anniversaire du règne impérial.

Kenji profite de son retour au pays pour donner une conférence au Kodokan, à la demande de Jiro Nango, neveu et successeur de Jigoro Kano à la Présidence depuis 1938. Devant un parterre de haut gradés, maître Tomiki présente le fruit de ses recherches sur la relation entre le Judo et l’Aïki-Budo et réalise une démonstration avec pour partenaire Keiji Fujisawa.

En avril 1941, une importante commémoration pour le troisième anniversaire de la mort de maître Kano est organisée pendant deux jours. A cette occasion, plusieurs experts judokas présentent leurs pratiques d’écoles anciennes de jujutsu afin de les offrir au maître disparu. Maitre Tomiki, alors 5ème dan de judo, a l’honneur de présenter la toute nouvelle école d’Aïki-Budo avec pour partenaire Shigemi Yonekawa. Fait exceptionnel, car habituellement, seul Maître Ueshiba présente son art publiquement. A l’initiative de cette idée, Jiro Nango, est ravi par la démonstration des deux hommes.

Poursuivant le dessein de son oncle ; créer le Budo idéal en combinant les techniques corps à corps du Judo avec des techniques à distance (Rikaku Taisei) ; Nango réuni un comité d’étude de haut gradés quelques mois plus tard.

Ce comité, composé notamment de Hidekazu Nagaoka (10ème dan), Kaichiro Samura (9ème dan), Kunisaburo Iizuka (9ème dan), Kyuzo Mifune (9ème dan), Genji Ogata (7ème dan) est dirigé par Kunio Murakami (8ème dan).

Ces experts nomment Kenji Tomiki en tant que conseiller et se réunissent en août 1941 puis en août 1942 au Kodokan. Le comité concentre ses recherches sur les atemis et les formes de travail pour maîtriser un adversaire par des points de pression et des clés sur les articulations. Chercheur novateur, Tomiki sensei publie, en 1942, un long article intitulé « l'étude systématique des techniques tout en maintenant la distance du judo : les principes du judo et les techniques de l'Aiki-budo ». Il y intègre les techniques de contrôle et l’usage des atemis avec les principes fondamentaux du Judo.

A l’occasion de la troisième réunion du comité, en aout 1943, Jiro Nango, annonce la création d’une pratique spéciale de techniques à distance incluant les atemis. Ce dernier estimant cette pratique nécessaire aux nombreux membres du Kodokan envoyés sur les champs de bataille de la seconde guerre mondiale.

 

Prisonnier de guerre

Kenji est frappé par le malheur en 1942, son épouse Shigeko, décède d’une longue maladie. Il épouse en secondes noces, Fusae Yanagi, en 1943.

Malgré le conflit, Tomiki sensei retourne vire en mandchourie, mais en aout 1945, la colonie mandchoue tombe rapidement après la défaite de l’armée impériale face à l’Union Soviétique. Comme des milliers de colons, Kenji est fait prisonnier de guerre, il est interné dans un camp de travail proche du lac Balkhash (situé dans l’actuel Kazakhstan).

Au cours de son emprisonnement, Tomiki Sensei poursuit ses réflexions sur les arts martiaux et développe une série d’exercices, qu’il baptise Judo Taiso, lui permettant de rester en bonne santé malgré des conditions de vie difficiles.

Il est libéré après trois ans et demi de captivité, puis rapatrié dans son pays en novembre 1948. Au Japon, son fidèle ami, Hideo Obha, soutien son épouse Fusae tout au long de cette difficile période.

 

Renaissance des budos après-guerre

Très affaibli par son emprisonnement, il reste plusieurs mois à Kakunadote pour se rétablir. Tomiki sensei reprend progressivement l’entrainement au Kodokan où il occupe le poste de secrétaire à temps plein. Il participe à la quatrième et dernière réunion du comité de recherches sur les techniques à distance qui se déroule en mars 1949.

En septembre, il intègre l’université de Waseda en qualité de professeur de calligraphie à temps partiel.

Il y enseigne également le Judo aux étudiants. Il introduit l’étude des techniques Rikaku Taisei dans ses cours et inaugure une série d’exercices de Judo destinés aux femmes, un an plus tard.

Tomiki Sensei déploie ses efforts pour aider à faire revivre le Judo après-guerre et participe activement aux créations des fédérations japonaises et universitaires de Judo, dont il est nommé directeur permanent en 1950.

Shihan éminent du Kodokan, Kenji Tomiki est choisi pour participer à une tournée d’enseignement, organisée par l’US Air Force, aux Etats-Unis. De juin à septembre 1953, un groupe de dix experts visite les bases principales de quinze états pour enseigner le Budo Japonais aux militaires américains. La tournée est une réussite et les démonstrations de Tomiki Sensei enthousiasment les GI. Cet évènement concoure grandement à l’intégration des arts martiaux japonais aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.

En 1952, Kenji Tomiki Shihan met au point une méthode pour enseigner l’Aïkido en toute sécurité composée de douze techniques dont il a éliminé le risque de blessure. Informé de ce fait, Maître Ueshiba invite Tomiki à lui présenter cette nouvelle méthode. Malgré sa bonne volonté, son système innovant ne trouve pas grâce auprès des proches d’O Sensei. Tomiki reste fidèle à son maître et continue d’enseigner occasionnellement à l’Aïkikai Hombu Dojo de Tokyo pendant plusieurs années.

 

Dirigeant et chercheur

En 1954, Kenji Tomiki est élu à la présidence du département d’éducation physique de l’université Waseda. Nommé instructeur en chef du club de Judo de l’université, il enseigne également les arts martiaux à l’Académie Nationale de Police et participe à la mise en place des compétitions de combats au sein des forces d’autodéfense japonaises.

En parallèle de ses diverses fonctions, il poursuit ses recherches et publie un nouveau livre intitulé « Judo Taiso – une méthode de formation Aïki No Jutsu à travers les principes du Judo ». Dans cet ouvrage, illustré de démonstrations avec son ami Hideo Obha, il démontre sa synthèse pour associer les enseignements des maîtres Kano et Ueshiba.

 

Goshin Jutsu no kata et premier livre en anglais

Kenji Tomiki et Sumiyuki Kotani (10ème dan), partenaires lors de la tournée américaine de 1953, œuvrent de concert pour mettre au point un nouveau Kata de Judo Kodokan. Après trois ans de travail d’un comité d’auto-défense dirigé par les deux hommes, le Goshin Jutsu no Kata voit le jour en 1956. Ce kata est composé de vingt et une techniques de défense contre différents types de saisies et d’attaques de poings, de pieds, avec un couteau, un bâton et un pistolet. Tomiki Sensei tient un rôle central dans la création de ce kata qui incorpore plusieurs techniques d’Aïkido dans sa forme finale.

Kenji Tomiki et Tadao Otaki, donnent la première démonstration publique du Goshin Jutsu no kata à l’occasion du Kagami Biraki 1956 qui se déroule au Nippon Budokan.

La même année, Maître Tomiki publie son premier ouvrage traduit en anglais intitulé « Judo appendix : Aïkido », rebaptisé dans les éditions suivantes « Judo and Aïkido ». L’annexe consacrée à l’Aïkido est considérée comme le texte en anglais le plus ancien sur l’art d’O Sensei. Considéré comme un classique, traduit en français en 1960, le livre de Tomiki Sensei contribue fortement à faire connaître l’Aïkido en occident.

 

L’Aïkido de compétition, la rupture avec l’Aïkikaï

Suite à ses nombreux efforts, Kenji Tomiki obtient la possibilité d’ouvrir un club d’Aïkido universitaire à Waseda en février 1958. Cette offre des dirigeants de l’université est néanmoins soumise à des conditions très strictes : il doit, notamment, y avoir des compétitions, comme c'est déjà d'usage dans le Judo ou le Kendo.

Tomiki Shihan utilise le fruit de ses recherches des techniques à distance (Rikaku Taisei) pour imaginer un système qu’il nomme Aïkido Kyogi. Il imagine une forme de combat libre (Aïki Randori Ho) avec des défenses contre des attaques à mains nues et au couteau. Il établit également un ensemble de règles, le gagnant marquant des points. Les combattants ne portent pas le Hakama, juste le Judogi.

En parallèle de sa création, il publie un livre traduit en anglais intitulé « Aïkido Nyumon, introduction to Aïkido ». Cette méthode d'entraînement de l'Aïkido à travers les principes du Judo rencontre un grand succès.

Sa démarche de convertir l’Aïkido en sport conduit à un schisme avec la famille Ueshiba. O Sensei et les dirigeants de l’Aïkikai, dont parmi eux l’intermédiaire Shigenobu Okumura, restent fermes et exhortent Kenji Tomiki à utiliser un autre nom pour son art.

Sans la bénédiction de Maître Ueshiba et malgré les critiques, Tomiki Sensei décide de suivre la voie de son mentor, Jigoro Kano. D’après Tomiki Sensei, la compétition sportive est bien compatible avec la philosophie de l’Aïkido, le terme japonais pour compétition, « randori shiai », ne signifie pas confrontation, mais plutôt « entraînement libre pour progresser ensemble ». Il est convaincu que les étudiants pourront ainsi rendre plus efficaces leurs techniques en les développant en combat libre.

 

Essor du style Tomiki au Japon

Le style de Maitre Tomiki se développe au début des années soixante. A l’instar de Waseda, des sections d’Aïkido ouvrent également dans les universités Kokushikan et Seijo de Tokyo.

Tomiki Sensei poursuit naturellement ses recherches pédagogiques. Il codifie tout d’abord les nombreuses techniques d’Ueshiba Sensei. Puis avec son ami Hideo Ohba, qui l’a rejoint à l’université de Waseda en 1960, ils développent ensemble une série de Kata pour favoriser leurs mémorisations par les élèves. Il crée ainsi un référentiel technique accessible au plus grand nombre permettant de faire progresser les individus dans un système de grades kyu / dan.

Auteur prolixe, maître Tomiki publie également deux nouveaux ouvrages, « Shin Aïkido Text » (nouveau manuel d’Aïkido) en 1961 puis « The new aikido textbook » en 1964.

 

Et en occident

Le style de Maitre Tomiki se développe également à l’étranger par l’intermédiaire de plusieurs élèves pionniers.

Senta Yamada quitte le Japon pour aller vivre au Royaume-Uni en 1959. Cet ancien élève de Jigoro Kano, cinquième dan de Judo, a également étudié l’Aïkido auprès de Maître Ueshiba après-guerre. Séduit par l’approche et le système de formation de Tomiki, il étudie ensuite sous sa direction pendant plusieurs années. C’est par son action que le « style Tomiki » est introduit en Europe. Enseignant le Judo à la London Judo Society, Senta Yamada enseigne également l’Aïkido dans son Kikusui Kai Dojo jusqu’à son retour au Japon en 1965. Yamada Sensei publie un livre en anglais, en 1961, qu’il nomme « The Ancient Secrets of Aïkido ».

Jack Mumpower, militaire américain et élève de Tomiki et Obha Sensei pendant deux ans et demi à la base aérienne de Fuchu, rentre dans son pays en 1960. Ceinture noire deuxième dan, ce dernier ouvre un dojo à Charlotte, en Caroline du Nord, où il enseigne pour la première fois l’Aïkido Tomiki en Amérique du Nord.

Nobuyoshi Higashi, judoka, professeur à l’université de Kokushikan étudie sous la direction de Tomiki Sensei depuis 1960. Parti s’installer aux Etats-Unis en 1964, il ouvre un dojo dans le sous-sol d’une église Bouddhiste à New York et y enseigne le Judo et l’Aïkido Tomiki. Un an plus tard il fonde sa propre école qu’il nomme Kokushi-Ryu Jujutsu. Il sera également l’auteur de plusieurs livres sur la pratique de l’Aïkido.

Higashi Sensei sera rejoint par un autre professeur, Tatsuya Kibushi, en 1966. Ce dernier séjournera deux années à New York.

 

Fondation du Shodokan

Forts de ses réussites et grâce au soutien financier de plusieurs industriels japonais, Kenji Tomiki ouvre son premier dojo d’Aikido, à Osaka, en avril 1967. Pour nommer son dojo et son école il choisit le terme "Shodokan", qui signifie la maison sur le chemin éclairé.

Les bases de son art sont désormais bien établies. Le Shodokan réunit les techniques d'aïkido et les méthodes d’enseignement de Jigoro Kano. Il se démarque de l’Aïkido de maître Ueshiba par l’absence du port du Hakama, la pratique des compétitions et l’apprentissage par l’enchainement de douze Katas à pratiquer seul ou à deux, avec un sabre ou un bâton.

Personnalité respectée dans le monde du Budo, Kenji Tomiki est nommé vice-président de la Japan Budo Society lors de sa création en 1968. Un long article lui est consacré dans le célèbre magazine américain Black Belt en janvier 1969.

Porté par la quête du Budo idéal de Jigoro Kano, Tomiki Sensi propose aux dirigeants du Kodokan d’établir un second système de randori du Judo basé sur les techniques à distance. Malheureusement pour lui, sa proposition est refusée.

 

La main tendue par Hirokazu Kobayashi

Suivant le souhait de maintenir la paix entre ses principaux élèves, exprimé par Maître Ueshiba peu avant son décès ; Hirokazu Kobayashi invite Kenji Tomiki chez lui, à Osaka, le 10 octobre 1969.

Le but de cet entretien est d’essayer de comprendre ses intentions et ses techniques « compétitives ». Suite à cet échange, une relation cordiale s’installe entre les deux hommes et Kobayashi Sensei lui propose de présenter son Aïkido de compétition aux étudiants de six universités locales.

Ces démonstrations sont une réussite et l’Aïkido Tomiki gagne rapidement en popularité auprès des étudiants de la région.

En 1970, Tetsuro Nariyama, capitaine du club d’aïkido universitaire de Kokushikan est nommé chef instructeur du dojo Shodokan par maître Tomiki. Symbole de cette relation de confiance, Nariyama se voit confier l’honneur d’effectuer la démonstration d’ouverture du premier festival de Budo organisé par Kobayashi Sensei, le 27 août, à Osaka.

 

Premier tournoi national puis international

Kenji Tomiki prend sa retraite de l'université Waseda en 1970. Il se consacre à la publication d’un nouvel ouvrage intitulé « Taiiku To Budo » (éducation physique et Budo).

Tomiki Sensei préside le premier tournoi national étudiant d'Aïkido qui se déroule au palais des sports Okubo de Tokyo, le 3 novembre 1970.

Le premier tournoi international d’Aïkido Tomiki a lieu en 1971 à Genève, en Suisse. Plusieurs nations européennes participent à cet événement historique. C’est la délégation britannique de la British Aïkido Association (B.A.A), fondée en 1966, qui remporte cette première édition. Soucieux de développer son école au Royaume-Uni, Tomiki Sensei y envoie régulièrement des professeurs japonais. Riki Kogure prend la relève de Senta Yamada en 1966. Il est rejoint par Tsunemistu Naito et Takeshi Inoue deux ans plus tard.

Le 25 novembre 1972, a lieu la seconde édition du festival de Budo d’Osaka. Cette manifestation, organisée par Hirokazu Kobayashi, réunit pour la première fois de l’histoire les leaders de trois groupes historiques : l'Aïkikaï du Doshu Kisshomaru Ueshiba, le Yoshinkan de Gozo Shioda et le Shodokan de Kenji Tomiki.

Malgré les efforts de maître Kobayashi, cette tentative de réconciliation ne permettra pas un rapprochement avec les dirigeants de l’Aïkikaï. Cependant, afin de renforcer leur relation sincère, Tomiki Sensei envoi son élève Testuro Nariyama étudier directement auprès de Kobayashi Sensei, en tant qu’élève interne (uchi deshi) en 1975.

Le style Shodokan poursuit son développement en Asie. Maître Tomiki se rend à Taiwan pendant une semaine, du 12 au 18 décembre 1973. Accompagné d’un groupe d’étudiants du Kanto et du Kansaï, il dirige des séminaires et effectue des démonstrations dans les écoles de police et auprès des forces armées taïwanaises.

 

Fondation de la Japan Aïkido Association

Kenji Tomiki et ses proches élèves fondent la Japan Aïkido Association (J.A.A.), le 9 mars 1975. Il devient naturellement le premier président de cette association nationale destinée à promouvoir une conception sportive de l’Aïkido.

Avec le soutien de son élève Masaharu Uchiyama, vice-président de la J.A.A., un nouveau Hombu Dojo Shodokan de quatre-vingt tatamis, siège de cette nouvelle fédération, est créé à Osaka le 28 mars 1976.

Président de la J.A.A., Directeur du Hombu Dojo Shodokan, Maître Tomiki est également élu Vice-Président du Nippon Budo Gakkai (société des arts martiaux du Japon) la même année.

Afin de commémorer le premier anniversaire de la création du nouveau Shodokan Dojo, un tournoi national d’Aïkido est organisé au Budokan d’Osaka, situé dans le parc du château, le 21 mars 1977.

 

Expansion internationale de l’Aïkido Tomiki

L’Aïkido Tomiki est à présent bien implanté aux Etats-Unis avec la présence de plusieurs enseignants, tous élèves directs du maître. Seiji Tanaka réside à Denver, dans le Colorado depuis 1969. Riki Kogure enseigne à Houston, dans le Texas depuis 1970. Robert Dziubla enseigne à l’université de Chicago depuis son retour au pays en 1975. Nobuyoshi Higashi fonde l’American Tomiki Aïkido Alliance en 1976. Higashi Sensei enseigne notamment l’Aïkido de compétition dans les cours d’éducation physique de l’université de New York.

Invité par ses élèves Léoni et John Gay, Kenji Tomiki se rend en Australie en mars 1977. Accompagné de son épouse Fusae, et de son assistant Fumiaki Shishida, il voyage à travers le pays pendant trois semaines, délivre des grades et enseigne son art aux élèves australiens. Il donne également un cours spécial à l’Académie de Police de Melbourne. L’Aïkido Tomiki est implanté dans ce pays par Léoni Gay en 1969 suivi par son mari John, deux ans plus tard. Ces deux britanniques, formés initialement par Senta Yamada, fondent l’Association Australienne d’Aïkido en 1971.

 

Dernières années

Maître Tomiki consacre les dernières années de sa vie au développement de son école, à l’écriture et aux multiples fonctions qu’il occupe : Président de la J.A.A, membre du conseil de la Fédération Japonaise de Judo ou encore professeur à l’université de Kokushikan.

Promu 8ème dan de Judo par le Kodokan en 1978, sa santé décline alors qu’il prépare un voyage aux Etats-Unis pour l’été. Atteint par un cancer des intestins, Tomiki Sensei doit subir en urgence une opération chirurgicale. Malgré l’affaiblissement dû à la maladie, il continue ses activités et promeut Hideo Obha au grade de 9ème dan.

Emporté par la maladie, Kenji Tomiki rend son dernier soupir le 24 décembre 1979 à l’âge de 79 ans.

 

Héritage

Maître Tomiki lègue à ses élèves une école aux fondations solides. Son fidèle ami, Hideo Ohba, continuera son œuvre en tant que Président de la J.A.A. et Directeur du Shodokan jusqu’à son décès en 1986. Riki Kogure et Fusae Tomiki reprendront le flambeau jusqu’en avril 2002, date à laquelle la présidence de la fédération revient officiellement à Masako la fille de Tomiki Sensei.

Proches disciples de la première heure, Tetsuro Nariyama et Fumiaki Shishida, poursuivent aujourd’hui le développement de l’Aïkido de compétition au sein de la Japan Aïkido Association (J.A.A.) et de la Shodokan Aïkido Federation (S.A.F.).

Ils sont à la tête d’un groupe international composé de 10 000 pratiquants environ. Ils dirigent, chaque année, des stages dans le monde entier.

Précurseur en occident dès le début des années 60, l’Aïkido Tomiki est présent actuellement aux Etats-Unis, au Brésil, au Mexique, à Trinidad et Tobago, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni, en France, en Belgique, en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Finlande, en Russie, en Ukraine, en Géorgie, en Serbie, en Bulgarie, à Singapour, aux Philippines et en Iran.

Consacrant sa vie à l’étude des Budos, les contributions de Tomiki Sensei aux arts martiaux modernes sont nombreuses. Poursuivant la volonté de créer le Budo idéal de son mentor, Jigoro Kano, le point culminant de sa longue et productive carrière est sans aucun doute la fondation du Tomiki Ryu. Chercheur dévoué et sincère, il était convaincu que le renouveau du Japon passait par l’éducation des jeunes générations. Il voulut réaliser la synthèse entre le Judo et ses méthodes d’enseignement modernes et les techniques anciennes d’Aïki Jujutsu.

Calligraphe de grand talent, homme de lettres polyglotte, il fut l'auteur de nombreux articles et ouvrages importants sur le Judo et l'Aïkido dont certains ont été traduits en anglais et en français. Considérés aujourd’hui comme des classiques, ses ouvrages ont contribué à rendre l’Aïkido accessible au plus grand nombre.

Il fut le professeur de plusieurs haut gradés d’aïkido dont Hideo OHBA (Shihan 9ème dan), Tetsuro NARIYAMA (Shihan 9ème dan), Fumiaki SHISHIDA (Shihan 8ème dan), Hiroaki KOGURE (Shihan 8ème dan), Kenshi UNO (Shihan 8ème dan), Senta YAMADA (Shihan 6ème dan), Tsunako MIYAKE (Shihan 7ème dan), Seiji TANAKA (Shihan 8ème dan), Shogo YAMAGUCHI (Shihan 8ème dan), Tadayuki SATOH (Shihan 7ème dan), Takeshi INOUE (6ème dan), Nobuyoshi HIGASHI (7ème dan), Tetsuo EHARA (Shihan 7ème dan), Masaharu UCHIYAMA, Tatsuya KIBUSHI, Tsunemitsu NAITO, Itsuo HABA (7ème dan), Mitsue YAMAGATA (6ème dan), Kinuyo SAKAI (6ème dan), Shigeki KATO (6ème dan), Kenkichi FUTAMI (7ème dan), Teruo FUJIWARA, Yuichi MURAKAMI, Masayoshi WAZAKI, Masanobu KITAYAMA (5ème dan), Jack MUMPOWER (6ème dan), Ah Loi LEE (Shihan 8ème dan), Robert DZIUBLA (Shihan 8ème dan), John GAY (7ème dan), Léonie GAY / MAC FARLANE (8ème dan), Karl GEIS (7ème dan), Anthony SEREDA (6ème dan), ou encore Frits VAN GULICK (Shihan 7ème dan).

 

Liens

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