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L'histoire des pionniers Japonais en France - seconde partie : les Années 60

Par Ivan BEL et Nicolas DE ARAUJO

 

 

Après les premiers pionniers japonais qui arrivèrent en France dans les années 50, une seconde vague est venue à son tour tenter sa chance dans l’hexagone. Leurs profils sont variés : maîtres d’arts martiaux, moine Zen, artistes, couturier, poète et tout premier médecin Kanpo, ils vont tous marquer durablement le paysage français. Pensez par exemple à Nobuyoshi TAMURA qui deviendra l’un des plus grands maîtres d’Aïkido en occident ou encore Taisen DESHIMARU qui aura une influence immense en développant le Zen dans de très nombreux centres de méditation. Dans une Europe en paix depuis maintenant une quinzaine d’années, les jeunes nippons sont plus nombreux à tenter l’aventure sur le vieux continent. Car ne l’oublions pas, il s’agit bien pour eux d’une réelle aventure. Il leur faut quitter leur famille et leurs proches, affronter une longue traversée de plusieurs semaines avant de débarquer à Marseille. Le plus souvent, sans parler un mot de français, ils doivent s’adapter à la civilisation occidentale, ses mœurs et ses codes différents de leur pays natal. Ils doivent trouver les bons contacts, se faire connaître dans leurs milieux respectifs et prouver leurs compétences afin de se faire une place durable dans notre pays. Tous vont réussir ce pari à force de travail, de talent, d’endurance, de courage et souvent d’entraide. Enfin, pour les premiers disciples français qui les rencontreront puis les suivront tout au long des années 60, cette décennie restera pour toujours “l’ère des grands maîtres”.

 

Masamichi NORO (野呂昌道) - (1935-2013)

 

 

En 1961, le Doshu Kisshomaru UESHIBA sollicite Masamichi NORO pour se rendre en Europe avec le titre de "délégué officiel de l'Aïkikaï". Récemment promu 5ème dan et âgé de seulement 26 ans, il accepte la proposition. Après six années passées auprès de son Maître, en tant qu’uchi deshi, il quitte le Hombu Dojo pour prendre le relais de Tadashi ABE en France.

Installé à Nîmes, les débuts du jeune maître sont difficiles. Il ne parle pas le français et son anglais est assez limité. Son titre de « délégué officiel de l'Aïkikaï » lui est contesté par André NOCQUET qui avait précédemment acheté ce titre à Tadashi ABE pour la France. L'affaire se termine au tribunal qui interdit l'utilisation de ce titre par NORO Senseï sur le sol Français, l’obligeant ainsi à œuvrer comme "délégué officiel de Maître UESHIBA". N'ayant pas de carte de travail ni de séjour, Masamichi est obligé de changer de pays tous les trois mois. Il enseigne en Italie et en Belgique ou il est soutenu par Julien NAESSENS. Débordant d'énergie, il vit entre Nîmes et Bruxelles et sillonne l'Europe. Précurseur, Maître NORO multiplie les cours et les démonstrations comme sur la canebière à Marseille ou sur la plage de Fréjus. A l'instar des hauts gradés de Judo, il porte un hakama blanc et une ceinture rouge et blanche ; surnommé "la tornade blanche", NORO Senseï détonne dans le paysage de l'Aïkido du début des années 60.

Suite à l’arrivée à Marseille de son ami Nobuyoshi TAMURA, Maître NORO déménage à Paris en 1964. Reconnu pour son dynamisme et la beauté de ses techniques, il travaille en étroite collaboration avec les pionniers NAKAZONO et TAMURA et participe activement au développement de l’Aïkido en Europe et en Afrique. Malheureusement, NORO Senseï est victime d'un très grave accident de la route, survenu en Belgique en 1966. Il en sort miraculeusement vivant mais avec plusieurs fractures, un poumon perforé et la main gauche paralysée. Une rééducation de plusieurs mois et de graves séquelles corporelles l’oblige à stopper en grande partie son activité. Encore convalescent Masamichi fonde avec quelques disciples l'institut NORO, à Paris, en 1967. Dans son grand dojo, Masamichi NORO invite les experts japonais résidants en Europe. Ainsi les Maîtres H. TADA, M. NAKAZONO, N. TAMURA, K. ASAI et K. CHIBA fréquentent régulièrement l'institut NORO. Il accueille également le moine Zen Taisen DESHIMARU lors de sa venue en France.

Bien qu’il soit membre des experts japonais de la Fédération Européenne d'Aïkido, NORO Senseï garde ses distances avec les différentes fédérations françaises tout au long des années 70. Indépendant, Maître NORO préfère enseigner dans des dojos privés. Sa recherche personnelle aboutit à la création du Kinomichi en 1979. NORO Senseï enseigne son art dans son pays d’adoption jusqu’à son dernier souffle. Il s'éteint le 15 mars 2013, à l'âge de 78 ans, entouré par son épouse Odyle et leur fils Takeharu désigné comme son successeur.

 

 

Taisen DESHIMARU (弟子丸 泰仙) - (1914-1982)

 

 

Aujourd’hui encore, rares sont les personnes (surtout en France) qui n’ont jamais entendu parler du moine Zen Deshimaru. Son influence a été décisive pour le développement du Zen sur toute l’Europe et même au-delà. En revanche, son parcours de vie est assez peu connu. De son vrai nom Yasuo Deshimaru naît sur le côté Sud du Japon, dans la préfecture de Saga en 1914 au moment où l'Europe s’engage dans la guerre. Il est élevé par son grand-père, ancien samouraï et qui l'instruit au jujutsu. Son père est un paisible chef de coopérative de pêche et d’agriculture, intéressé par le matérialisme. Sa mère est une bouddhiste fervente qui s’intéresse en parallèle au christiannisme. Le jeune yasuo ne comprend pas comment ses deux parents peuvent être aussi éloignés l’un de l’autre. Cela lui vaudra de chercher des réponses d’abord dans le bouddhisme, qu’il quitte pour la religion protestante, pour finalement revenir au Zen de la secte Rinzai. Il souhaite étudier les beaux-arts mais son père l’oblige à faire l’académie militaire, de laquelle il sera réformée pour cause de myopie importante.

Il part alors pour Tokyo suivre des études universitaires d’économie, mais là il fait la rencontre d’un géant, le grand réformateur du Zen Sōtō : Kodo Sawaki. Il souhaite alors devenir moine, ce qui lui est refusé. Au contraire, Sawaki l’encourage à vivre dans le monde. Il se marie alors, et aura trois enfants. Tout en devenant homme d’affaires, il se met à pratiquer l’assise Zen avec assiduité et progresse ainsi petit à petit. Son maître, content de ses progrès, l’ordonne moine en 1964 et le nomme Taisen. Il vient d’avoir 51 ans. Sawaki  lui demande alors de diffuser le Zen dans le monde, notamment en Europe. Son maître tombe alors malade et meurt rapidement. Une nouvelle page de sa vie vient de s’ouvrir.

En 1967, Taisen prend le transsibérien pour Paris en réponse à une invitation d’un groupe de macrobiotique. Il pratique alors le zazen dans l’arrière boutique d’un magasin d'alimentation diététique et se constitue ainsi son premier groupe d’étudiants. Malgré son anglais approximatif, il va rapidement fonder le Dojo Zen de Paris, rue Pernéty. A partir de là tout va très vite. Il ouvre de nombreux dojo à travers la France, rencontre la plupart des maîtres japonais basés en Europe que ce soit dans les arts martiaux ou les arts de santé. Il se met à publier régulièrement des livres qu’il écrit au château de la Gendronnière (dans la Loire) qui devient le plus grand temple Zen d’Europe. En 1970, il fonde l’AZE (Association Zen d’Europe) qui deviendra l’AZI (Association Zen Internationale) 9 ans plus tard. Cette même année 70, il reçoit la transmission du Dharma de l’abbée du Eihei-ji, Yamada Reirin. Mais comme il avait perdu ses papiers d’ordination en tant que moine, il doit de nouveau être ordonné moine pour la seconde fois de sa vie.

En 1980, Taisen Deshimaru a ouvert plus de cent dojos en Europe, au Canada et en Afrique du Nord. Tout le monde reconnaît en lui un grand maître de Zen dont l'œuvre est immense. Il rédige plus de 20 livres, a eu 20 000 élèves et a ordonné plus de 500 moines et nonnes. C’est véritablement lui qui diffuse et ancre le Zen en Europe. Son influence est telle qu’il communique avec tous les grands maîtres, comme Kawada (Shiatsu), Tamura (Aïkido), Masunaga au Japon (Shiatsu), Yahiro (Shiatsu). Ce dernier le soignera à la Gendronnière lorsqu’il déclare un cancer du pancréas en 1982. Il part au Japon pour se faire soigner, mais décède peu de temps après son arrivée, en avril de la même année. Il laisse un héritage immense et trois Roshi derrière lui : Stéphane Kosen Thibaut, Étienne Mokusho Zeisler (décédé) et Roland Yuno Rech. 

 

 

Masahilo NAKAZONO (中園睦郎) - (1918-1994)

 

 

Haut gradé dans plusieurs disciplines martiales, expert en Kotodama et en médecine orientale, Mutsuro NAKAZONO est une personne atypique. Originaire d’une famille d’adeptes en médecine traditionnelle japonaise depuis plusieurs générations, il est le disciple de quatre grands maîtres : SAKAI Senseï, guérisseur par les mains, Georges OSHAWA, l'inventeur de la macrobiotique, Morihei UESHIBA, fondateur de l'Aïkido et Koji OGASAWARA, qui lui transmit les enseignements du Kotodama, cher à O Senseï. Sa méthode est le fruit des enseignements traditionnels qu'il a étudiés puis développés.

Il entreprend son premier voyage en France en 1957. Judoka de haut niveau, il accompagne Tadashi ABE, pionnier de l’Aïkido en Europe, dans les clubs de Judo pour y démontrer la pratique de l'Aïkido. En fin d'année 1961, il est désigné pour lui succéder. Nommé délégué officiel de l'Aïkikaï pour l’Europe et l’Afrique du Nord, Maître NAKAZANO débarque à Marseille. L'Aïkido français et Européen est alors en phase de structuration. L'Association Culturelle Européenne d'Aïkido (A.C.E.A) est créée par le groupe de NAKAZONO Senseï en août 1962. L'Aïkikaï désigne cette structure comme centre européen de l'Aïkido et maître NAKAZONO comme expert référent. L'Association Culturelle Française d'Aïkido (A.C.F.A.) est créée par le même groupe de pratiquants, en novembre 1963. A travers ces nouvelles associations, Maître NAKAZONO anime régulièrement des stages communs avec Masamichi NORO. Il se lie également d’amitié avec les maîtres de Judo Haku MICHIGAMI et Kenshiro ABBE, arrivés en Europe au cours des années 50.

Deux ans après son arrivée en France, Maître NAKAZONO et sa famille partent vivre à Paris.  Parallèlement à l'enseignement de l'Aïkido, il fait découvrir à ses principaux élèves les bienfaits du Shiatsu, de la diététique et du principe de Kototama. Influencé par la philosophie et la spiritualité de Maître UESHIBA, il instaure des exercices de méditation avant la pratique et refuse toutes codifications de l'art, notamment les nomenclatures élaborées précédemment par Tadashi ABE. Malgré toutes ses compétences, NAKAZONO Senseï n'arrive pas à fédérer les professeurs français autour de son enseignement. Il délaisse petit à petit l’Aïkido au profit de Maître TAMURA, arrivé sur le sol français en 1964 et concentre son étude sur le principe de Kototama. En 1967, il fonde l'institut Kan Nagara avec pour objectif d’enseigner la médecine orientale et l’Aïkido. Parmi ses élèves les plus importants dans ce domaine, on trouve Philippe Ronce, Jean-Claude Tavernier, Pierre Molinari, Michel Odoul et Christine Anrioud.

Précurseur en médecine alternative dont la renommée prend de l'ampleur, Mutsuro NAKAZONO rencontre des difficultés administratives avec l’Ordre des médecins français. 7ème dan d'Aïkido à cette époque, NAKAZONO Senseï refuse la promotion au grade de 8ème dan, renvoi ses diplômes au Doshu puis s'éloigne des institutions. Après dix années passées en France, il part s'installer dans l'État du Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, en 1972. Profitant d'une législation plus souple qu'en France, il ouvre une clinique médicale et un centre d’enseignement pour y enseigner l'Aïkido et la médecine orientale. Ses capacités de guérisseur lui apportent une telle renommée, qu’il lui est nécessaire de demander à son fils, Katsuharu, également pratiquant d’Aïkido et acupuncteur, de venir le rejoindre pour l’assister dans son « kototama Institute ». Restant proche de ses disciples français, il revient pratiquement tous les ans dans l’hexagone, de 1972 jusqu'en 1990, pour y enseigner sa méthode. Au cours de ses dernières années, il continue de pratiquer et d’enseigner le principe de Kotodama dans sa clinique de San Diego en Californie jusqu’à sa disparition, le 8 octobre 1994, à l’âge de 76 ans.

 

 

Hiroko MATSUMOTO (松本 裕子) - (1935-2003)

 

 

Nous sommes à la fin des années 50 et le monde occidental commence a éprouvé une véritable fascination pour le Japon qui se relève des cendres de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les gens assez fortunés pour aller en avion jusqu’à Tokyo, il y a le célèbre couturier Pierre Cardin. Là, il rencontre une élégante jeune tokyoïte dont il tombe amoureux et l’invite aussitôt à devenir mannequin pour sa maison de haute couture. C’est Hiroko MATSUMOTO. Nous sommes en 1957 et elle n’a que 21 ans. Sous l’avis de sa famille, elle prend le temps de la réflexion (trois ans en tout) pour finalement accepter l’offre et venir s’installer à Paris en 1960. Elle devient alors la première mannequin japonaise en France et sera rapidement mondialement connue. 

Les années 60 commence très fort et la jeune japonaise suit la mode de très près, ses photos rappellent d’ailleurs une sorte de France Gall aux yeux bridés. Mini-jupe et frange droite, la voilà qui se fond dans la tendance de l’époque. Pierre Cardin choisit son égérie et en fait son mannequin cabine, c'est-à-dire qu’elle est la seule à avoir le droit de porter les tenues avant les défilés, pour qu’il puisse voir ce que ses créations donnent sur une personne en chair et en os. C’est un star dans le milieu du mannequinat. 

En 1967, elle épouse Henry Berghauer, dirigeant du groupe Pierre Cardin. Celui-ci est aussi une étoile montante qui va ensuite diriger la société Hanae Mori qui est la 1ère japonaise vivant au Japon et à recevoir le titre de “maison de haute couture” puis celle d’Hervé Léger aux USA. Leur fille Olivia deviendra plus tard directrice de la maison Versace. 

Dans les années 70, Hiroko continue de faire les hauts et les bas de la mode, notamment en écrivant régulièrement dans le magazine Vogue, faisant et défaisant les tendances du prêt à porter comme de la haute couture. Elle devient aussi actrice et joue notamment dans “Antoine Doinel” (un personnage fictif récurrent de l'œuvre de Truffaut) et “Domicile conjugal”, des films de François Truffaut.

Quelques années plus tard, elle divorce et se remarie avec le PDG du groupe pharmaceutique Roussel-UCLAF, Jean-Pierre Cathalan. Grâce à elle, il rentre dans le monde de l’industrie du luxe et finit par diriger le groupe Révillon-Luxe qui comporte de nombreuses marques connues. Mais ils vont vivre un drame qui a défrayé la chronique de l’époque avec l’enlèvement de leur fille Maxime Cathalan, alors qu’elle n’a que 20 mois. Elle sera rendue contre une rançon d’1,5 million de francs. Le couple se fait alors discret. Hiroko, qui aura marqué le monde de la mode pendant au moins 25 ans, s’éteint à Neuilly-sur-seine en 2003. Elle n’a que 67 ans.

 

 

Tsutomu OHSHIMA (大島劼) – (Né en 1930)       

 

 

Très jeune, Tsutomu s'initie aux arts martiaux en pratiquant le Sumo, le Kendo puis le Judo. Il découvre le Karaté en 1947 en s’inscrivant au club de Karaté de l’université Waseda de Tokyo. Il étudie directement sous la férule de Gichin FUNAKOSHI, le fondateur du style Shotokan. Il s’entraîne également sous la direction des enseignants séniors Hiroshi NOGUCHI, Tadao OKUYAMA et Shigeru EGAMI, tous disciples directs de maître FUNAKOSHI. En 1952, OHSHIMA est nommé capitaine du club de Karaté de l'université Waseda et devient le plus jeune Karatéka de son époque à être promu au grade de troisième dan, par maître FUNAKOSHI en personne. Dans le même temps, il se lie d’amitié avec Mitsusuke HARADA, un jeune Karatéka talentueux.

Précurseur du Karaté en Occident, Tsutomu OHSHIMA est envoyé aux Etats-Unis pour continuer ses études à l'Université de Californie du Sud à Los Angeles. Il devient le premier à enseigner le Karaté dans ce pays en 1956. Au cours de la même année, il ouvre le premier club universitaire de Karaté aux États-Unis à l'Institut de technologie de Californie (Caltech) et fonde la S.K.A, l'association « Shotokan Karaté of America" qui deviendra par la suite la plus importante association de Karaté des Etats-Unis. Peu avant son décès, Maître FUNAKOSHI lui décerne le haut grade de 5ème dan, soit le plus haut grade de l’école Shotokan.

Souhaitant rentrer au Japon à la fin de ses études universitaires, il propose à Hidetaka NISHIYAMA de lui succéder à la tête de son dojo américain en 1960. Attirés suite un article paru dans Life, des pratiquants français invitent OHSHIMA Senseï à venir en France en 1962. Ce dernier accepte la proposition et reste dix mois dans l’Hexagone. Il dirige des cours au dojo d’Henry PLÉE où il forme les pionniers Français et dirige la première commission technique de la toute nouvelle Fédération de Karaté, alors section de la toute puissante Fédération de Judo.

Mécontent de l’orientation prise par son dojo sous la direction de NISHIYAMA, Maître OHSHIMA retourne aux États-Unis, en 1963, pour s’y installer définitivement. Avant de quitter la France, il prend le soin de fonder « l’Association France Shotokan » et de proposer son ami Mitsusuke HARADA pour lui succéder.

A l’instar des maîtres OBATA et EGAMI, OHSHIMA Senseï quitte la J.K.A. (Japan Karate Association) car il est opposé à l’orientation sportive et commerciale que prend l'organisation officielle. Au cours des décennies suivantes, OHSHIMA Shihan occupe la fonction d’instructeur en chef de la Shotokan Karate of America, dont le siège est à Santa Barbara. Précurseur du Karaté en occident, il supervise également d’autres organisations affiliées au Canada, en France et en Suisse et distille un enseignement du Karaté proche du Shotokan des origines, celui de son fondateur Gichin Funakoshi. 

 

 

Mitsusuke HARADA (原田 満祐)- (1928 – 2021)

 

 

Mitsusuke découvre l’art du Karaté en 1943. Le jeune homme, alors âgé de 15 ans, débute la pratique dans l’école Shotokan de Gichin FUNAKOSHI. Après la guerre, HARADA poursuit ses études en économie et en commerce à l’université Waseda de Tokyo. Il s’y entraîne sous la férule de FUNAKOSHI Senseï. Il se lie d'amitié avec Tsutomu OHSHIMA et étudie également auprès de Shigeru EGAMI et Tadao OKUYAMA, disciples de FUNAKOSHI Senseï.

Mitsusuke obtient sa maîtrise de commerce en 1953 et décroche un emploi dans une banque Tokyoïte. Trois ans plus tard, cette dernière lui propose un poste à la Banque d'Amérique du Sud située à São Paulo au Brésil. Élève personnel de FUNAKOSHI Senseï, HARADA se voit décerner le grade de 5ème dan de sa main, le plus haut grade de l’époque, à son départ pour Sao Paulo. En parallèle de son travail, HARADA Senseï enseigne le Karaté aux employés et aux associés de la banque. L’intérêt grandit rapidement et l’augmentation grandissante de ses étudiants nécessite l’ouverture du premier club de Karaté d’Amérique du Sud. Par la suite, HARADA Senseï fonde sa propre organisation, sur les conseils de maître FUNAKOSHI, le Karate-do Shotokan Brazileo. A la mort de son maître, survenue en 1957, maître HARADA rejoint le groupe Shotokaï formé par de nombreux étudiants séniors dont EGAMI Senseï avec lequel il entretient d’étroites relations. Recommandé par son ami OHSHIMA aux pratiquants français, Mitsusuke est invité dans le dojo parisien du professeur vietnamiem HOANG NAM en 1963. Maître HARADA décide alors de prendre une année sabbatique pour voyager et démissionne de son emploi tout en prenant soin de nommer son remplaçant à la tête de son dojo brésilien.

Arrivé dans la capitale française en février, pour prendre la relève de son ami Tsutomu OSHIMA, il distille son enseignement dans plusieurs dojos, celui de HOANG NAM, de la montagne sainte Geneviève d'Henry PLEE et de la rue Mercoeur de Testuji MURAKAMI pendant trois mois. Mais en raison d’obscures influences politiques, son permis de séjour n’est pas renouvelé par les autorités françaises et HARADA Senseï est conduit à la Gare du Nord pour être expulsé vers la Belgique où il est accueilli par Masamichi NORO et Julien NAESSENS. Rencontrant des difficultés administratives, il est invité à Londres, par le Judoka Kenshiro ABBE. De 1964 à 1968, maître HARADA partage son enseignement entre Bruxelles et Londres avant de pouvoir s’y installer définitivement devenant ainsi le premier instructeur de Karaté japonais à résider au Royaume-Uni. Il fonde le Karate-Do Shotokai UK en 1965, dont il est le directeur technique. Dès lors, il dirige des stages internationaux dans de nombreux pays dont la France.

Pionnier du Karaté international, il concourt activement au développement mondial de son art jusqu’à son décès survenu le 26 février 2021, à l'âge de 92 ans. Décoré de l'Ordre de l'Empire britannique par la Reine Elizabeth II en 2007, son savoir, sa générosité et sa passion restent encore dans les mémoires de ses élèves qui ont eu le privilège de le connaître et de pratiquer avec ce maître exceptionnel.

 

 

Yoshi OIDA (笈田ヨシ) - (Né en  1933)

 

 

Du côté de Kobe la tradition est l’élevage des bœufs que l’on masse et nourrit à la bière et au saké pour faire la fameuse viande de Kobe. Autant dire que la carrière de Yoshi OIDA sera un ovni dans cette ville. Né en juillet 1933, le jeune OIDA décide de faire des études de philosophie, puis se forme à la fois au théâtre Nō et au Kabuki, deux styles traditionnels très différents. Voici ce qu’il dit de  sa rencontre avec le théâtre : “Dans mon enfance, j’ai grandi en imitant mes parents tout le temps. Comment marcher, comment manger, comment parler, j’ai appris tout cela en imitant mes parents. Puis, à partir du moment où j’ai eu l’âge de comprendre les choses, emmené par mes parents, j’ai appris à aller au théâtre. Le théâtre était pour moi, un pays magique.” Mais l’absence d’école de théâtre contemporain le frustre. Son travail attire toutefois l’attention des occidentaux et il est invité par l’acteur et metteur en scène Jean-Louis Barrault qui l’invite à Paris en 1968. De là, il rencontre Peter Brooks qui lui dira très vite “N’imite pas le théâtre conventionnel japonais”. Ce conseil du grand maître anglais va lui faire changer radicalement son approche du jeu théâtral. Il collabore avec lui au CIRT (Centre International de Recherche Théâtral) et joue dans ses plus grandes mises en scène au théâtre Bouffe. Tout y passe : Shakespeare, le Mahabharata, des auteurs anglais, arabes, français. Il se révèle être un acteur multi-facette.

Le monde du cinéma l’invite à jouer des comédies : The Pillow Book, Taxi 2, Wasabi, mais aussi des classiques comme Madame Buttefly, le Mahabharata à nouveau, des policiers dans la série Julie Lescaut, le Concile de Pierre ou encore Silence de Martin Scorcese. Enfin, depuis quelques années il s’est attaché à l'œuvre sensible d’Edouard Baer avec Ouvert la nuit en 2016 et plus récemment Adieu Paris en 2022. Mais il joue également sous la direction Yojiro Takita (qui obtient l’oscar du meilleur film étranger quelques années plus tôt avec Departures) dans The last recipe, en 2017.

Yoshi OIDA est aussi connu pour avoir rédigé trois œuvres qui font date dans le monde du théâtre : l’Acteur flottant, l’Acteur invisible et l’Acteur rusé. En reconnaissance pour son travail et son amour de la France, il sera fait Chevalier, puis Officier et enfin Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

 

 

Yoshinao NANBU (義直南部) - (1943-2020)

 

 

Tout comme OIDA, Yoshinao NANBU est né à Kobe. Originaire d’une famille à forte tradition martiale, son père était notamment 5° dan de Judo et enseignait aux forces de police locales. Yoshinao débute le Judo et le Kendo dès son enfance puis le Karaté et l’Aïkido. Il étudie également les armes traditionnelles telles que le tonfa, le nunchaku, le bō et le saï. Il intègre la faculté de sciences économiques d'Osaka à l'âge de 18 ans et commence à apprendre le Karaté Shito-Ryu avec Chojiro TANI, un disciple de Kenwa MABUNI, le fondateur du style. 4ème dan, Yoshinao devient rapidement le capitaine de l'équipe de Karaté de son université et remporte le championnat national universitaire par équipe. Il est proclamé meilleur combattant de ce tournoi regroupant 1250 concurrents.

C’est à cette époque qu’il rencontre Henry PLEE, un pionnier du Karaté français, en visite au dojo de TANI Senseï. Le français lui propose un contrat de trois ans pour venir enseigner dans son « Dojo de la Montagne Sainte-Geneviève » à Paris. Le jeune homme de 21 ans s’y établit en mars 1964. Il y enseigne le Judo, l’Aïkido, le Kendo et le Karaté Shito Ryu. Yoshinao arrondit ses fins de mois en faisant le tour des grands magasins pour placer du papier peint ramené de Kobe et livre des sushis dans l’importante communauté Japonaise de la capitale. NANBU Senseï gagne le championnat de France de Karaté par équipe en 1964 puis la coupe de France l’année suivante. Il est le premier japonais à participer à une compétition européenne : la coupe internationale de Cannes en 1966. Il bat Patrick BAROUX en finale grâce à sa technique de balayage particulièrement efficace. Il se forge alors une sacrée réputation, compétiteur redoutable, il enseigne et combat dans toute la France jusqu’à la fin de son contrat et reste invaincu en 200 combats.

Maître NANBU voyage pendant un an puis retourne au Japon en 1968 pour enrichir sa connaissance du Budo. Il y étudie le Shukokaï, le nouveau style créé par maître TANI. Promu 6ème dan, il retourne à Paris avec la mission de développer le Shukokaï en Europe. Il ouvre son propre dojo et fait venir de nombreux experts. Il entraîne l’équipe de France et supervise également plusieurs fédérations (Belgique, Norvège, Ecosse, Yougoslavie). NANBU Senseï organise le championnat du monde de Shukokaï, à Paris en octobre 1969, et rencontre un franc succès. Après ces championnats, il s’écarte du Shukokaï, qu’il estime trop rigide, pour fonder son propre style de Karaté : le Sankukaï. Sa méthode est une nouvelle conception du Karaté notamment influencé par l'Aïkido dont il est 3ème dan. Il intègre le principe de l’esquive et systématise les techniques circulaires et les balayages. 

Son style se développe rapidement avec en point d’orgue l’organisation d’un championnat du monde regroupant 17 nations à Monaco, en 1978. Mais à la suite d’une crise majeure avec un entourage peu scrupuleux, Yoshinao NANBU se retire du monde des arts martiaux, dans le sud de la France, durant trois ans. Mettant à profit cette période pour s’éloigner de la compétition et approfondir sa recherche personnelle d’efficacité et d’harmonie, il fait évoluer le Sankukaï vers le Nanbudo. Maître NANBU remonte à Paris et recommence à distiller son enseignement avec des mouvements circulaires, naturels et souples, des projections, une nouvelle façon de travailler les atemis et des exercices de santé qu’il nomme Nanbu Taïso. Sa nouvelle école rencontre également le succès. Il dirige des séminaires dans le monde entier jusqu’à son décès le 28 avril 2020 à l’âge de 77 ans. Expert fédéral 9ème dan, sa devise était « force, courage et conviction ».

 

 

Kenzo TAKADA (高田 賢三) - (1939-2020)

 

 

Rare sont les occidentaux qui ne connaissent pas la marque de parfum Kenzo. Pourtant rien dans les origines de Kenzo TAKADA ne laisse imaginer qu’il va devenir une star de la haute couture française. Kenzo naît en février 1939 près du magnifique château de Himeji, qui est encore aujourd’hui l’un des plus beaux du pays. Nous sommes en pleine guerre sino-japonaise et rien ne semble devoir résister à la puissance japonaise. Dans le village Hagyo qui se trouve juste à côté, son père tient une maison de thé. Il est le cinquième enfant d’une famille modeste avec sept enfants. Mais Kenzo dénote des garçons de son âge car il chipe les magazines de mode de ses sœurs et tombe amoureux de la couture. Étudiant à Kobe, il s’ennuie considérablement et contre l’avis de ses parents, il part pour Tokyo étudier au Bunka Fashion College. C’est le scandale dans la famille mais il n’en a cure. A peine son diplôme en poche, il saute dans un bateau en 1965, fait un mois de voyage et arrive à Marseille. Il prend le train pour atteindre son but et vivre son rêve : Paris.

Après des débuts difficiles, progressant petit à petit dans le milieu du prêt à porter, il arrive à vendre quelques croquis de robes à différents stylistes français. Le reste du temps, il marche beaucoup dans la capitale, prenant des photos des belles parisiennes. Ce n’est qu’en 1970 qu’il ouvre sa 1ère boutique nommée JAP située dans la galerie Vivienne. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il organise également son 1er défilé. Cela ne fait que 5 ans qu’il est arrivé en France. L’année suivante, il ouvre une seconde boutique à Saint-Tropez qui lui apportera une visibilité grandissante au sein de la jet-set. A partir de ce moment, chaque année il ajoutera une nouvelle boutique puis un immeuble Place des Victoires dans le 1er arrondissement.

Ce qui fait son originalité c’est la constance avec laquelle il va chercher son inspiration aux quatre coins du monde. Chandail slaves, boubous africains, robe indienne, il cherche toujours à déconstruire les canons de la mode et en inventer de nouveaux. Il crée des défilés libres, spontanés, en plein-air, et ne souhaite pas suivre les codes et les conventions. Les mannequins rentrent et sortent du podium n’importe comment, tout est libre d’esprit comme de corps. Grâce à cet appétit d’innovation, il révolutionne la mode et les années 70 lui doivent beaucoup dans le délire visuel de certaines tenues.

En 1977, il lance son premier parfum “King-Kong” qui n’aura pas de succès. Il laisse ce projet de côté jusqu’en 1988 où le succès est au rendez-vous avec “Kenzo de Kenzo”, puis “Eau de Kenzo” et bien d’autres. Sa fortune est immense mais il vend ses actifs au groupe LVMH en 1993. Il faut dire qu’il vit un grand amour auprès de son compagnon l’architecte Xavier de Castella, qui mourra plus tard du SIDA. Cela sonne la fin des années heureuses. La France a trois millions de chômeurs et le sourire de Kenzo s’éteint à jamais. Il se fait discret et se retire dans sa maison de Neuilly. Sa vie finit un jour d’octobre 2020, emporté par la 1ère vague de Covid. Il laisse un héritage immense au monde entier : une vie intense et une vision de la mode libérée de tous les carcans. 

 

 

Hisashi OKUYAMA - (Né en 1943)

 

 

Si les Français sont marqués au fer rouge par le génie poétique d’Arthur Rimbaud, il faut savoir que son influence est allée au-delà de nos frontières. C’est le cas pour Hisashi OKUYAMA. Né en 1943 à Asahikawa, sur l’île d’Hokkaïdo, il part pour Tokyo pour faire ses études. Là, sa lecture des Illuminations de Rimbaud va bouleverser sa vie. Il arrive à Paris en 1966, mais venant d’une terre de neige et de roches, il reste marqué par la rudesse de cette vie. Des paysages de son enfance, il en a gardé l’empreinte : « Je traversais un pont pour aller à l’école : le vent et la neige frappaient si fort mon visage que je ne voyais plus rien, même la montagne dont je sentais pourtant la présence et l’ombre. Cet aveuglement blanc, plus mystérieux que les ténèbres, est pour moi l’origine même de la poésie ». C’est à Belle-Île-en-mer, en Bretagne, qu’il va s’enraciner. Cet environnement dépouillé, rude et sauvage à la fois va déterminer son utilisation du français. Il opte pour des phrases sèches, tranchantes, aiguës et minérales. Il y travaille 25 ans avant de publier son premier livre en 1990, intitulé Noeuds.

Amoureux et pénétré par les fugues de Jean-Sébastien Bach, il écrit de longs poèmes comme des partitions de musique, avec 1, 2, 3 et même 4 voix. Il se rapproche en cela de Mallarmé et de son architecture des poèmes. Son érudition est grande et fait intervenir dans ses écrits de nombreux peintres du passé comme Dürer, Piranèse, les védutistes de Venise, ou des modernes comme Van Gogh, Morandi, Giacometti, Opalka, Nemours, Hantaï, etc.

Exposé de nombreuses fois, déclamé dans de nombreux festivals, il rédige plus d’une quarantaine de publications, écrivant uniquement en français qui n’est pas sa langue natale. On ne peut qu’être impressionné par sa maîtrise de la langue et parfois même par l’invention de nouveaux mots comme “crisaillement” pour désigner le cri à la fois rauque et aigu des mouettes. On ne peut être qu’ému ou remué à la lecture de ses poèmes qui garde la “sauvagerie originale” des écrits de Rimbaud. En 2015, il fait don de l’ensemble de son œuvre à la Bibliothèque Nationale de France et continue inlassablement son œuvre.

 

 

Nobuyoshi TAMURA (田村信喜) - (1933-2010)

 

 

Fils d’un enseignant de Kendo, Nobuyoshi TAMURA débute la pratique du Judo et du Kendo au collège. Particulièrement attiré par le Zen durant sa jeunesse, il devient adepte de la macrobiotique fondée par Georges OHSAWA. A la suite du décès de son père, Nobuyoshi reçoit l’aide de Seigo YAMAGUCHI et suit ses conseils en intégrant l’Aïkikai de Tokyo de Maître UESHIBA en tant qu’élève interne en 1952. Il devient rapidement l'un des disciples les plus proches du fondateur de l’Aïkido et de son fils Kisshomaru. Durant plusieurs années, Nobuyoshi est le partenaire privilégié d'O Senseï pour ses démonstrations publiques et l'accompagne dans la majorité de ses déplacements.

Sa progression est impressionnante, maître TAMURA est promu 6ème dan en 1962. Deux ans plus tard, il fait la rencontre d’une nouvelle pratiquante au Hombu Dojo, Rumiko, et l’épouse peu de temps après. Ayant prévu de découvrir l’Europe durant son voyage de noces, il est missionné par l’Aïkikai pour étudier le fonctionnement de l’Aïkido en France. Il débarque à Marseille en novembre 1964, après onze années passées à l’Aïkikai de Tokyo. L'Aïkido français et européen entre alors dans une phase d’expansion, sous la direction des maîtres de l'Aïkikaï, Mutsuro NAKAZONO, Masamachi NORO et Nobuyoshi TAMURA. Avec son épouse, ils décident de s’installer définitivement dans le sud de la France. Par l’intermédiaire de NAKAZONO Senseï, parti vivre à Paris et du cercle de macrobiotique, TAMURA Senseï fait la connaissance du Maître Zen Taisen DESHIMARU en 1967.

Délégué officiel de l'Aïkikaï So Hombu, le style de Maître TAMURA devient de plus en plus représentatif au fil des années. En 1973, TAMURA Senseï collabore avec Hiroo MOCHIZUKI et André NOCQUET, à la création d'une méthode nationale d'Aïkido adaptée à la mentalité française. Il est promu au haut grade de 8ème dan, par le Doshu Kisshomaru UESHIBA, en 1975. En 1982, Maître TAMURA se prononce pour la séparation de la puissante Fédération Française de Judo et la création de la Fédération Française Libre d’Aïkido et de Budo, dont il devient naturellement le Directeur Technique National.

Au cours des décennies, TAMURA Shihan consacre sa vie à développer l'Aïkido européen et nord-africain et collabore notamment avec ses amis Yoshimitsu YAMADA et Seiicho SUGANO. Il anime de nombreux stages à travers le continent et établit des liens avec de multiples pays. Professeur de nombreux haut-gradés européens, il est l’un des enseignants d’Aïkido les plus influents et populaires en Europe. Reconnu pour son efficacité et sa virtuosité technique, il est également très apprécié pour sa bienveillance et sa modestie. Nobuyoshi TAMURA s’éteint le 9 juillet 2010, à l'âge de 77 ans, laissant derrière lui de solides organisations, fidèles à son enseignement, composées de milliers de disciples en France et à travers le monde.

 

 

Tadakatsu SHIGA   

 

 

C’est à la suite d’une sollicitation d’Alain FLOQUET, professeur d'Aïkido, élève de Jim ALCHEIK et fonctionnaire de police que Tadakastu SHIGA participe à la reprise de l’enseignement du Kendo en France. Les deux hommes sont présentés par un élève de MOCHIZUKI à la fin de l’année 1965.

Ancien étudiant de l'université Kokushikan de Tokyo et 4ème dan de Kendo, Tadakatsu réside en France avec sa famille. Pour Alain FLOQUET, sa présence dans l’hexagone est une opportunité pour redonner vie au Kendo français depuis la mort de Jim ALCHEIK survenue en 1962. Alain FLOQUET lui propose d'ouvrir des sections de Kendo dans les clubs où lui-même enseigne l'Aïkido : à l'Association sportive de la Police de Paris, à la MJC de la porte d’Orléans et à Juvisy. Des anciens élèves de Tetsuji MURAKAMI rejoignent alors le jeune expert japonais.

A partir de 1966, le Kendo européen puis français se structurent. Après la création de l'European Kendo Renmei, c’est au tour de la France Kendo Renmei de voir le jour et d’y adhérer un an plus tard. SHIGA Senseï est nommé conseiller technique de cette fédération reconnue par la fédération japonaise de Kendo, la Z.N.K.R. En parallèle de la F.K.R., une autre fédération est fondée en août 1967 : “la Fédération Française de Kendo (F.F.K.)” avec pour Conseiller technique, Yoshinao NANBU Karatéka japonais également titulaire d’un deuxième dan de Kendo.

De 1967 à 1970, maître SHIGA participe activement au développement du Kendo français. Il organise des stages de formation, effectue des démonstrations et dirige les premières compétitions de la F.K.R. Le premier championnat d'Europe de Kendo se déroule à Paris en mai 1968. Vingt-quatre Kendokas, représentant six pays s’affrontent devant deux cents spectateurs qui voient la victoire du français Bernard DURAND en finale. Sous la direction de SHIGA Senseï la France se place au niveau européen et progresse rapidement en nombre de licenciés et de gradés. Cet élan se concrétise par la participation d'une délégation française au premier championnat du monde de Kendo, qui se déroule à Tokyo le 5 avril 1970 avec à sa tête Tadakatsu SHIGA, désormais 6ème dan et âgé de 28 ans.

Malheureusement cet événement marque le début d’une période de troubles. Pour d’obscures raisons une scission éclate au sein du Kendo français conduisant au départ d’un certain nombre de gradés vers l’autre fédération. Cette dernière, bénéficiant de l’arrivée en février 1970 de Kenichi YOSHIMURA, 4ème dan de Kendo, et de l’appui de la Fédération Française de Judo (F.F.J.D.A), prends rapidement l’ascendant sur le groupe dirigé par SHIGA Senseï. Les années 70 voient ainsi la F.K.R. décliner puis disparaître, entraînant de fait l’éloignement de Tadakatsu SHIGA du Kendo français.

 

 

Taiji KASE (加瀬泰治) – (1929 – 2004)

 

 

Issu d’une famille de Judokas, le jeune Taiji débute la pratique du Judo dès l’âge de six ans. Promu 2ème dan de Judo Kodokan à l’âge de 15 ans, il s’initie à l’Aïkido et découvre le Karaté Shotokan en 1944. Passionné par cette nouvelle discipline, il abandonne le Judo un an plus tard pour s’y consacrer pleinement. Il étudie auprès de Gichin FUNAKOSHI, son fils Yoshitaka et Genshin HIRONISHI jusqu’à son incorporation dans le corps des pilotes kamikazes de la Marine à l’âge de 16 ans.

Taiji n’y reste que six mois et est épargné par la signature de l’armistice avant qu’il ne puisse effectuer sa mission suicide. Après-guerre, il intègre le département économie de l’université Senshu. Promu capitaine de l’équipe universitaire de Karaté, il s’entraîne intensément avec Genshin HIRONISHI pendant plusieurs années. Doué pour la pratique, KASE devient le plus jeune 3ème dan de Karaté du pays à l’âge de 20 ans, fait remarquable puisqu’il s’agit du plus haut grade à cette époque. Diplômé en 1951, Taiji travaille dans une grande maison d’édition japonaise tout en continuant à s'entraîner matin et soir. Il rejoint la Japan Karaté Association (J.K.A.) en 1956 et devient l’un de ses professeurs les plus qualifiés auprès du chef instructeur NAKAYAMA. KASE Senseï forme de jeunes instructeurs : Keinosuke ENOEDA, Hirokazu KANAZAWA, Hideo OCHI et Hiroshi SHIRAI avec lesquels il entretient des relations amicales étroites.

En 1964, KASE Senseï est envoyé en Afrique du Sud pendant trois mois pour y développer le Karaté. Un an plus tard, il est nommé à la tête d’une délégation d’instructeurs, missionnée par la J.K.A. et le gouvernement japonais, pour diffuser le Karaté dans le monde. Composée des Senseï ENOEDA, KANAZAWA et SHIRAI, elle effectue de nombreuses démonstrations à travers l’Europe, l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de février à octobre 1965. A la suite de cette tournée, SHIRAI Senseï s’établit en Italie, ENOEDA Senseï en Angleterre tandis que KASE Senseï réside en Belgique et aux Pays-Bas avant de s’établir en France avec sa famille en août 1967.

Invité par Henry PLEE, Maître KASE distille son enseignement au dojo de la Montagne Sainte Geneviève pendant cinq années. En 1972, il enseigne au centre Daviel, puis il ouvre un dojo rue Daguerre en 1973. Chef instructeur pour la France et responsable de la J.K.A. Europe, il forme de nombreux élèves et conduit ses équipes aux championnats de France, d’Europe et du monde. Instructeur majeur et influent du Karaté Shotokan international, Maître KASE multiplie les voyages à l’étranger et publie deux ouvrages dans les années 80.

En 1986, il décide de fermer son dojo parisien pour enseigner son art dans le monde entier. Il quitte la J.K.A en 1989 et fonde avec son ami Hiroshi SHIRAI la World Karate-Do Shotokan Academy (W.K.S.A.) destinée à l’enseignement des ceintures noires et des professionnels du Karaté Shotokan. En 1999, Maître KASE est frappé par un infarctus. Il revient sur les tapis mais affaibli, il s’éteint en 2004, à l’âge de 75 ans. Considéré comme l’un des plus grands combattants du 20ème siècle et un expert au Karaté unique, Taiji KASE s’est vu décerné le grade de 10ème dan à titre posthume.

 

Lien vers l'article publié par Ivan BEL sur son site www.fudoshinkan.eu 

 

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